On pourrait croire lire le making-of d’une chronique à venir dont le seul but serait de nous faire connaitre les coulisses attachants du travail de Marie Ferranti, chez elle, au milieu de ses voisins et de ses amis. Pourtant, la chronique de Saint-Florent se déroule sous nos yeux en même temps qu’elle nous raconte qu’elle est en train de l’écrire.

Elle débute par l’arrivée à Fornali de Sir Warden Chilcott. La révélation de l’excentricité  britannique, des chasses à courre, du yachting, fut séminale pour une région à la nature rude et sauvage. Sans doute, la folie douce ou l’orgueil – selon les points de vue – de vouloir plier le réel à ses rêves bouscula-t-elle le penchant fataliste d’une population enracinée dans ces lieux, depuis toujours, comme l’herbe du maquis. Tout autour s’agitait comme dans une crèche de Noël – le pêcheur et la pêche miraculeuse, le maréchal-ferrant -. C’était le début d’une nouvelle ère, la sortie des ténèbres originelles pour la lumière d’une civilisation éblouissante.

A peine renée, le temps des tragédies fondatrices s’abat sur  la société saint-florentine,  la guerre de 14, le parricide de  Joseph Casale sorte de magnifique Œdipe,  finissent de transformer ces gens ordinaires en personnages mythologiques. Ils sont prêts pour l’arrivée des Bonnin de La Bonninière, Jean et Paule de Beaumont. L’élite française d’alors, hédoniste, avant-gardiste, se succède à Campo di Fiori. Elle apporte dans ses bagages les tenues presque déshabillées, les chasses pharaoniques, les sorties en mer avec le Saint-Frusquin comme à la grande époque de la cour de Versailles. Elle est prise naturellement sous l’aile protectrice des gens de Saint Florent qui l’approvisionne en tout, prend soin des domaines lorsqu’ils sont désertés, arrange toutes les difficultés, exauce les désirs.

Les anges gardiens se nomment Octave et Jeannine, et Jeannette Scotto, à la longue une sorte de  fusion s’est opérée entre eux et les Beaumont, et par leur intermédiaire avec toute la population. Était-ce à cause d’une fascination mutuelle provoquée par la ruralité sauvage et retenue d’une part et les profondes racines terriennes d’une vieille noblesse française conservatrice, d’autre part  ? C’est comme les histoires d’amour, elles défient toutes les explications.

Le cycle de la chronique se termine sur le nouveau de Saint-Florent, les nouveaux éclairés : Henri Orenga, Ange et Luc Leccia, Maitre Hide…, et Marie Ferranti qui en fait évidemment partie. L’improbable greffe a finalement pris, les fleurs de l’art ont tiré avantage de la sève sauvage du maquis et sont aujourd’hui reconnues internationalement.

Cette chronique est la mythologie de Saint-Florent, la véritable histoire de sa fondation, et Marie Ferranti se pose comme en étant l’Homère ou le Virgile. Elle sort du genre convenu, léger et contingent, entre lecteur et écrivain, ici les personnages sont réels et la littérature reprend une fonction sociale et spirituelle qu’elle avait à l’origine.

Avait-t-elle cette littérature à l’esprit lorsqu’elle conçut Cors’odissea, le périple de trois ans qui doit traverser toute la Corse de résidence artistique en résidence artistique ? Il a débuté ce mois-ci à Olmi Cappella, gonflé de tous nos espoirs.

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