Qui est vraiment Hellequin, roi énigmatique de l’enfer, fou grotesque qui, par orgueil, a perdu le Paradis ? Sa raison mystérieuse, à contre courant du sens commun, effraye car, comme lui, elle mène ceux qu’elle habite à leur perte.

Hellequin, emporté par une folie à la fois ridicule et tragique, s’est cru l’égal de Dieu. Quelle mystérieuse connaissance l’a convaincu qu’il l’était ? La formule de la pierre philosophale ou quelque secrète technologie lui auront tourné la tête.

Hellequin est Arlechino, puis Arlequin. Chaque voyage brouille un peu plus la trace de ses origines. Il fait peur, car il montre la déchéance qui attend celui qui se fourvoie, il fait envie car il détient un savoir secret qu’on lui convoite, il fait rire car il est le mal impuissant, gauche, maladroit, face au bien et à la vertu.

Quelle honnête femme cultivée, éduquée, pourrait tomber amoureuse d’Arlequin ? Marivaux le polit de l’amour d’une fée. Il transfigure le ridicule tragique en naïveté, en sincérité naturelle, qui engendre le sentiment amoureux. Marivaux tire Arlequin de l’Enfer et lui rend le Paradis. Il inverse le décor, l’honnêteté superfétatoire des courtisans, leur hypocrisie, sont des pavés infernaux, tandis que les manières champêtres, naturelles et sincères, proviennent du Paradis.

Rousseau a fait son oeuvre. La fée séductrice précieuse, courtisane des mauvais esprits, ne peut faire écho aux vertus humaines primordiales d’Arlequin. Lui se tourne vers Sylvia, une beauté paysanne, spontanée et simple comme lui, qui éveille en son cœur la flamme du véritable amour.

Croire en Rousseau, le pessimiste, ne pouvait faire que Marivaux s’arrête en chemin. Il devait une fin tragique à cette idylle qui ne figurait pas ce qu’il constatait, tous les jours, à la Cour du Roi.

Il ourdit le complot du Prince et de Flaminia et jeta les amants dans leurs bras machiavéliques. La duplicité, les faux semblants, par lesquels on ne sait plus qui est vraiment qui, jettent le troublent dans le cœur des deux amants. La pureté de l’état de Nature est aisément corrompue par l’esprit retors qu’on acquiert à la Cour. Les amants exposés aux dangereuses liaisons du Prince et de Flaminia finissent pas céder à l’inconstance.

Le talent de Philippe Calvario et de sa troupe Saudade ont bien rendu l’amertume du naufrage de cet amour devant les bottes de la vertu de Cour, ce vendredi soir, au Théatre 14.

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