Ce que l’idée de Grèce a de commun avec l’idée de Japon, c’est un ciel bleu insoutenable haché par le tranchant brûlant des lames de soleil. Cette voûte irradie, dans un calme idéal, une urgence violente et tragique. Homère aurait bien pu être japonais.

Les vents aiment la Corse comme des dieux cruels. Ils la battent, la sculptent de douleur, puis l’abandonnent. Alors, le ciel de Grèce étend son immense tenture de satin, et, miraculeusement, la Corse, pour un moment, devient le Japon, un jardin de symboles enracinés dans l’eau et la terre.

Car le texte de Marie Ferranti, « Histoire d’un Assassin », s’érige, sans aucune concavité, entre les dieux et les hommes. Il installe une sérénité terrible, minimale qui n’offre aucune prise, aucun engrènement à la compassion ou aux questions à propos des motivations du personnage. L’eau des destins passe à travers les morts et les vivants sans frémissement.

S’il semble naturel, sauvage et puissant, le texte a pourtant été lissé, patiemment poli. Rien n’est à ajouter, ni à lui retrancher ! Ce ne sont pas des phrases, mais un tissage complexe et dense, un poème sans vers, produit par une volonté minutieuse d’aller à l’essentiel.

Le Japon, la Grèce et la Corse ont des correspondances secrètes dont l’on entend l’écho dans ce texte. Dominique Zincoli n’est pas un assassin, il tue pour réaliser un destin qu’il n’a pas choisi. Il est l’instrument d’une malédiction qui provient de la faute originelle de son grand-père. Dès cet instant, les protagonistes sont saisis par les mâchoires du destin qui font leur oeuvre effroyable.

D’ailleurs, après que la guerre eut soustrait l’assassin à la prison, personne ne s’en étonna, bien au contraire, c’était une manière du destin pour tenter de remettre en ordre ce qui avait été bouleversé.

« Histoire d’un Assassin » est un récit homérique ou comme un texte du Kojiki, On comprend que la Conca d’Oru, comme nous l’avait fait déjà pressentir « Marguerite et les Grenouilles », est lieu de transcendance où se rencontrent les forces les plus fondamentales de la Nature et les forces de l’esprit.

Face au Golfe de Saint-Florent, goûtant la rémanence des saveurs d’un déjeuner d’oursins, on se sent comme une frêle paille, prise entre délices et angoisse, et l’on se prend à aimer le vent.

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